Une expo qui ne manque pas d’air : l’éventail … de Joséphine à Eugénie

Une exposition inédite proposée par la ville de Boulogne Billancourt, avec le commissariat de Georgina Letourmy-Bordier


Si on apprécie aujourd'hui avoir un éventail lorsque le mercure grimpe, au XIXe siècle, c’était un outil d’élégance et un instrument absolument nécessaire pour se situer dans la société, quitte à en oublier de s’éventer pour le confort. 

Guidés par Georgina Letourmy-Bordier, nous avons visité l’exposition « L’éventail … de Joséphine à Eugénie » organisée par la ville de Boulogne-Billancourt à la Bibliothèque Paul Marmottan. Retraçons l’histoire étonnante de cet objet, du Premier au Second Empire. Questions de mode, innovations techniques, discours politiques… Un arc de cercle dépliable qui est bien plus qu’un simple ventilateur ! 


L’éventail pour être à la pointe de la mode 


La fin de la monarchie et du XVIIIe siècle installe une nouvelle mode vestimentaire. Les robes s’affinent et les éventails sont plus petits, mais toujours grandioses

expo l'éventail de joséphine à Eugénie Boulogne Billancourt

Exposition L'éventail... de Joséphine à Eugénie, Bibliothèque Paul Marmottan ©Alain de Baudus




Ils ne sont plus peints par des artistes, mais s’apparentent cependant à de véritables objets d’art : éventails en dentelle, incrustés de paillettes, en corne ou en ivoire repercé, deviennent les atours des femmes élégantes qui n’ont besoin d’éventails que pour mieux se parer. « Autant de perforations rendent parfaitement inutile l’éventail pour son rôle originel, qui devient un objet purement social » souligne la commissaire d’exposition Georgina Letourmy-Bordier.

expo l'éventail de joséphine à Eugénie Boulogne Billancourt

Guirlande de fleurs, vers 1820. éventail de type brisé, corne retercée et gouachée, H.t.15,5 cm. © collection particulière - photo : Philippe Fuzeau


Afin d’être davantage remarquées, certaines possèdent des éventails à lorgnette « pour s’approcher de certains documents ou tableaux et se donner un air intellectuel ».

expo l'éventail de joséphine à Eugénie Boulogne Billancourt

Eventail dit "cocarde" avec optique. Vers 1800-1820. Corne, optique à la rivure, L.20,5 cm / D.15,5 cm. © Collection particulière - photo : Philippe Fuzeau



« Avoir un éventail, c’est parfois une façon de twitter ! » 


La fin du XVIIIe siècle voit l’ascension du jeune général Bonaparte et les années suivantes seront celles de son sacre. La riche société soutient Napoléon et les femmes veulent faire connaître à tous leurs opinions politiques. Quel meilleur moyen alors que d’arborer le portrait de l’Empereur sur son éventail ? Quitte à en changer… Pour Georgina, « avoir un éventail, c’est parfois une façon de twitter ! ».

Celles qui continuent à soutenir Napoléon malgré la Restauration useront d’astucieux éventails : déployé normalement, l’éventail est politiquement correct, mais ouvert dans l’autre sens (grâce à une prouesse technique), les branches dévoilent le décrié Napoléon, à une époque où on se devait de féliciter Louis XVIII.

Eventail dit "double-entente" ou "quatre images". vers 1820. Eventail de type brisé, corne retercée et gouachée, 15,4cm. © collection particulière -Photo : Philippe Fuzeau




Georgina Letourmy-Bordier nous montre aussi qu’au-delà de la pancarte politique «  l’éventail est une façon de prouver que l’on est au courant des derniers faits divers ». Par exemple, l’une des pièces présente le thème de Zarafa, la nouvelle girafe arrivée au Jardin des plantes. Outre le fait que le panneau présente « une histoire déroulante qui devait amuser la galerie », c’était une manière de prouver qu’on suivait l’actualité. Bien sûr, impossible de garder cet éventail trop longtemps sans qu’il ne se démode. Voilà une raison de s’en faire réaliser un nouveau. 


Le Second Empire : un vent de nouveauté souffle sur les éventails


Nous suivons la commissaire d’exposition dans la dernière salle, celle du Second Empire, âge d’or de l’éventail. L’impératrice Eugénie raffole du style de Marie-Antoinette. C’est donc naturellement que les éventails reprennent en taille et que les artistes peignent les feuilles de thèmes galants. Le Second Empire est une grande période d’innovation et de brevets qui sont bénéfiques aux éventaillistes. La visite se termine d’ailleurs sur une invention d’Eugène Rimmel (un nom bien connu des femmes d’aujourd’hui) qui consiste à insérer un coton de fragrance sur l’éventail qui insuffle une brise parfumée. Élégance et grâce assurée !

expo l'éventail de joséphine à Eugénie Boulogne Billancourt

Exposition L'éventail... de Joséphine à Eugénie, Bibliothèque Paul Marmottan ©Alain de Baudus





Georgina Letourmy-Bordier, commissaire de l’exposition et expert pour les maisons de ventes

Gerogrina Letourmy-Bordier



Ce n’est pas le hasard qui a conduit Georgina à être au commissariat de cette exposition. C’est une passion. À 12 ans, elle déplie son premier éventail et découvre son merveilleux décor. C’est le point de départ qui la conduira à faire des études d’histoire de l’art et à écrire, en 2006, la première thèse sur les éventails anciens. Elle devient commissaire d’exposition au musée Cognacq-Jay avec « Le siècle d’or de l’éventail, du Roi-Soleil à Marie-Antoinette » dont fait suite l’honorable exposition « L’éventail… de Joséphine à Eugénie ». 


Les connaissances de Georgina dans le domaine des éventails anciens l’ont mené jusqu’aux portes des maisons de ventes, pour qui elle est devenue expert. Certaines adjudications montrent l’engouement des amateurs : « la dernière vente avec l'étude Coutau-Bégarie a donné lieu à plusieurs enchères très remarquées. La plus remarquable était certainement l'éventail adjugé 8000 €. Datant du XVIIIeme siècle, la feuille est peinte d'après un tableau de Watteau, aujourd’hui perdu ».  

Certains éventails, proposés prochainement aux enchères chez Couteau-Bégarie prouvent qu’on les utilisait encore au début du XXeme siècle : « un de ces éventails a été conçu pour une exposition universelle vers 1900. C’est exceptionnel et c'est un véritable chef-d’oeuvre » nous confie en avant-première Georgina Letourmy-Bordier

Le colin-maillard, vers 1740-1750. Eventail plié, la feuille double en peau peinte à la gouache. Estimation : 5000 / 6000 €. Vendu le 23 octobre chez Coutau-Bégarie


C’est une véritable chasse aux indices qui permet à l’expert de retrouver l'origine des éventails. Signé et daté, un éventail représentant un château, lui a permis de découvrir qu’il s’agissait d’un cadeau de mariage du duc d’Harcourt en 1862, bien que le château ait été détruit en 1944. 

Pour en savoir plus sur Georgina Letourmy-Bordier : éventails-anciens.com